17 janvier 2010

Memphis: Le transfert de Gasol a été un diesel

Deux ans après le départ de Pau Gasol, Memphis passe au-dessus des 50% de victoires. Ce qui constitue une première depuis 4 ans. Aujourd’hui, les Grizzlies tiennent une place honorable dans la hiérarchie de la conférence Ouest. Au point de se dire que lâcher Pau Gasol a peut-être été un mal pour un bien.

On ne refera pas le monde, mais l’on se dit que les perspectives des Memphis Grizzlies sont meilleures aujourd’hui qu’elles auraient pu l’être s’ils avaient poursuivi avec leur star espagnole. Finalement, Memphis aurait donc trouvé son compte dans cet échange hautement contesté.

Aujourd’hui, Memphis est loin d’être une équipe à la dérive. Au contraire, elle présente dans son évolution des signes de solidité. La récente victoire contre les Timberwolves en est un beau symbole. Tout d’abord, ils ont disposé, sans avoir été particulièrement inquiété, d’une équipe supposée plus faible. Les titulaires se sont même payer le luxe de se reposer pendant le dernier quart-temps. La saison est longue et le secret pour espérer atteindre les PO est notamment de perdre le moins de plumes possibles face aux équipes de bas de tableau. Cela témoigne d’une belle maturité : l’équipe a su gérer et accélérer au moment opportun, sans connaître de réelle baisse de tension. Autre symptôme de cette solidité mentale : leur série de 8 victoires à domicile, un record pour la franchise. Commencer par être maître chez soi est un premier pas vers les PO.


Cette maturité est d’autant plus louable que l’équipe est relativement jeune, avec très peu de joueurs au-dessus des 25 ans. Une cure de jouvence, venant en grande partie des drafts des dernières années. Rudy Gay, OJ Mayo, Marc Gasol et Mike Conley n’ont endossé que le maillot des Griz’ et donc ont connu des mois difficiles avec la franchise. Ce qui semble les avoir endurci et a poussé leur détermination. Ces quatre-là constituent l’ossature du roster. Derrière les highlights de Rudy Gay, le talent brut de OJ Mayo ou la médiatisation de l’ « autre » Gasol, force est de constater que leur jeu s’est développé de façon conjointe. Dans une osmose sans doute meilleure que si ils avaient été asservis à un franchise player clairement désigné.

Car il se dégage de ces Grizzlies, c’est bien la notion d’équipe. Il n’y a qu’à voir ce match contre les Wolves qui nous sert de référence où la marque a été impeccablement répartie, pour une menace offensive venant des quatre coins du terrain. Ne croyez pas qu’il s’agisse d’un match isolé : Memphis est la seule équipe avec 3 joueurs à plus de 18pts de moyenne. Derrière, il se dessine une belle complémentarité dans la rotation. Avec en point d’orgue Marc Gasol, obtenu via le trade de vous-savez-qui, qui est besogneux et sert de formidable liant à ce collectif Un exemple frappant est le choix d’avoir sélectionné Hasheem Thabeet avec le second choix de la dernière draft. Certes le bonhomme n’est pas le plus talentueux de sa promotion, mais son profil de grand gaillard dissuasif complète plutôt bien les munitions dont dispose l’effectif des Grizzlies.

On pensait qu’après avoir donné Pau Gasol, les évènements de cet été allaient ranger définitivement Chris Wallace dans la catégorie des GMs suicidaires. En effet, il a repris en main la franchise en 2007, avec pour principal fait d’arme d’avoir bradé l’icône de la franchise. Mais voilà que l’été dernier, ce bon Chris se rappelle au bon souvenir des amateurs de NBA en absorbant le gros contrat de Zach Randolf, en provenance des Los Angeles Clippers. Outre laisser de la place au futur prodige Blake Griffin, cet échange permettait à LAC de se délester d’un poids tant financier que dans l’équipe fragile d’une équipe. En effet, avec ses passages à Portland, New York et donc Los Angeles, Zach Randolf laisse l’image d’un bouffeur de ballon pas tenté, doublé d’un paresseux en défense.


A Memphis, il continue de poster des stats impressionnantes : 20pts et 11rebs par match. Il rentre dans le cercle très fermés des 20-10 de cette saison. D’ailleurs, ces seuls compagnons sont Chris Bosh et Tim Duncan. Ca vous place le niveau de production du bonhomme. Mais il a toujours eu l’habitude d’avoir des chiffres du genre costaud. Mais aux Grizzlies, c’est son attitude qui a changé. Il est plus impliqué. Ce qui se traduit par une meilleure présence défensive mais surtout par une plus grande vivacité qui fait qu’il prend plus rapidement de bonnes décisions. Quand la prise à deux arrive sur lui, il trouve plus facilement ses coéquipiers. Par contre, il ne donne toujours pas sa part au chien et il n’hésite pas à prendre le jeu à son compte. Il a notamment sorti de gros matchs contre des cadors comme Denver, Dallas ou Cleveland pour des victoires de prestige. Ce qui contraste fatalement avec Pau Gasol, souvent critiqué pour ne pas savoir élever son niveau de jeu dans les moments importants (et qui n’a véritablement franchi un pallier dans ce secteur-là que récemment).

Bien sûr, derrière ça il y a la maestria de Lionel Hollins, qui dirige cet équipage avec talent. Ce n’était pas évident pour ce coach de fédérer ses troupes avec le fiasco Allen Iverson en début de saison. Mais il a réussit un vrai tour de force et peu auraient misé sur une telle réussite. C’est un des paramètres baignant dans l’incertitude du sport : le départ de Pau Gasol n’a pas induit mécaniquement la situation dans laquelle se trouve Memphis actuellement ; mais il y a contribué. Il a permis d’enclencher une nouvelle dynamique, alors que l’équipe était moribonde depuis quelques saisons. Les critiques émanant contre le fameux trade pointaient que celui aboutissant au transfert de Kevin Garnett était plus réglo, puisque les Celtics se séparaient d’un grand espoir en la personne d’Al Jefferson. Certes, il y a eu des blessures, là encore témoignages de la part d’incertitude inhérente, qui ont mis des bâtons dans les roues des dirigeants. Mais des rumeurs de transfert naissent et certaines personnes pointent un éventuel manque de complémentarité entre Al Jefferson et Kevin Love. Les Wolves ont maquillé leurs problèmes avec un jeune prometteur, mais ils n’ont fait finalement que déplacer les problèmes qu’ils avaient depuis quelques années avec Kevin Garnett. Les Grizzlies ont fait table rase pour rebâtir sur quelque chose de plus solide. Bien sûr qu’il leur manque quelques éléments pour être crédibles au plus haut niveau, comme pourquoi pas un vétéran à la mène pour solidifier le tout ou encore un artilleur pour écarter les défenses (Memphis a l’une des adresses à 3pts les plus basses de la ligue). Mais il n’empêche que l’on regarde maintenant cette franchise avec curiosité voire un certain enthousiasme. Les fans peuvent se réjouir, Memphis est au jour d’aujourd’hui une place qui compte en NBA.

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